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Souveraineté numérique : ce que nos entreprises ont à y gagner

Souveraineté numérique : enjeux et intérêts pour les entreprises
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D’après une étude Hewlett-Packard Enterprise, 65 % des cadres et dirigeants français estiment que la souveraineté numérique est un enjeu majeur pour leur entreprise. 

Mais d’abord, de quoi parle-t-on ? Apparu dans les années 2000, le terme de “souveraineté numérique” désigne la capacité de l’État à asseoir son autorité dans le cyberespace, c’est-à-dire maîtriser ses données et limiter l’hégémonie de puissances étrangères. Aujourd’hui, force est de constater qu’il en est très loin…

En effet, malgré les initiatives européennes menées pour conquérir cette souveraineté numérique – comme le Digital Services Actnotre dépendance aux géants (américains, et de plus en plus chinois) du numérique ne cesse de s’accroître. Pour preuve : fin 2020, la capitalisation boursière combinée des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) pesait près de trois fois celle du CAC 40 dans son ensemble.¹

Quels sont les principaux enjeux de la souveraineté numérique ? Pourquoi les entreprises ont-elles intérêt à privilégier des solutions souveraines ? Et qu’ont-elles à gagner à déroger au “réflexe GAFAM” ? 

Cet article répondra à toutes vos questions à ce sujet.

Les enjeux de la souveraineté numérique

Un enjeu stratégique 

La souveraineté numérique revêt d’abord un enjeu stratégique, car elle permet aux entreprises françaises de développer leur autonomie et de croître par elles-mêmes. De ce fait, elles constituent alors un contrepoids aux géants du numérique qui ont tendance à imposer leurs propres règles au sein du cyberespace.

Lire aussi : [Les Échos] Ne devenons pas les vassaux numériques des Gafa !

Contrairement aux entreprises européennes, les GAFAM sont soumis à des règles d’extraterritorialité (comme le Cloud Act) qui leur permettent d’accéder aux données qui transitent sur leurs serveurs, sans que leurs clients et utilisateurs en soient informés.

Étant donné que 92 % des données occidentales sont hébergées aux États-Unis, ce type de législation constitue une menace pour nos entreprises. Le risque : devenir une “colonie numérique” des États-Unis. Il est donc primordial de protéger nos données stratégiques (notamment celles relatives à l’innovation), de réguler l’activité des plateformes américaines en Europe, et d’investir davantage dans des solutions européennes.

Un enjeu économique

Selon la Commission Européenne, les géants américains du numérique ne paieraient en moyenne que 9 % d’impôts sur leurs bénéfices (contre 23 % pour les entreprises européennes). Ainsi, l’argent dépensé par nos entreprises pour accéder à ces services ne bénéficie que très peu à l’économie française et européenne. 

Pour compenser ce faible taux d’imposition et rétablir une concurrence plus équitable, le Parlement français a voté en 2019 la “taxe GAFAM”. Objectif : taxer de 3 % le chiffre d’affaires numérique réalisé par ces entreprises en France, c’est-à-dire les revenus relevant de prestations de ciblage publicitaire et d’intermédiation. 

Cependant, cette initiative est loin de régler le problème, puisque les GAFAM dissimuleraient près des ¾ de leur chiffre d’affaires dans des paradis fiscaux (soit 9,4 milliards d’euros en 2017).² 

Un enjeu éthique

Comme le précise le dernier rapport de la CERNA (Commission de réflexion sur l’Éthique de la Recherche en sciences et technologies du Numérique d’Allistene), la souveraineté numérique porte aussi un enjeu éthique, qui concerne notamment “le droit de chaque individu à préserver sa vie privée”. 

Qu’il s’agisse de nos centres d’intérêt, de nos habitudes de consommation, ou encore de nos opinions politiques, les GAFAM savent tout de nous. Et ce, pas uniquement dans le but d’améliorer leurs services. Les données collectées, parfois de manière illégale, sont pour eux une inestimable source de revenus, puisqu’elles leur permettent de vendre aux annonceurs des publicités toujours plus ciblées.

En outre, comme l’a montré l’affaire Cambridge Analytica, les données collectées sur ces plateformes numériques peuvent être utilisées pour influencer nos comportements. Ce qui, à l’évidence, pose de graves problèmes éthiques. 

Un enjeu de confidentialité des données

Selon une étude Ifop de janvier 2021, 69 % des Français sont attentifs à l’exploitation de leurs données personnelles. Et 66 % seraient prêts à renoncer à un service numérique en raison d’un manque de transparence sur l’hébergement et l’exploitation de leurs données personnelles.

Malgré ces préoccupations grandissantes, de nombreuses entreprises françaises continuent à utiliser les services d’entreprises américaines, qui sont pourtant toutes soumises au Cloud Act. Promulguée en 2018, cette loi permet aux forces de l’ordre ou aux agences de renseignement américaines d’obtenir sur demande toutes les données stockées sur leurs serveurs, qu’elles soient localisées aux États-Unis ou même … en Europe. 

Concrètement, si vous utilisez un logiciel américain, cela veut dire que le gouvernement américain peut potentiellement prendre connaissance de vos données, et les utiliser à des fins de surveillance. 

Voir aussi : [Vidéo] Souveraineté numérique, la douche froide ? Avec Tariq Krim et Bernard Benhamou

Quel intérêt pour les entreprises françaises et européennes ?

Aujourd’hui, l’utilisation des produits et services étrangers est particulièrement forte dans nos entreprises. Matériels informatiques, logiciels professionnels, solutions d’hébergement de données en ligne, etc. : toutes ces catégories sont écrasées par des firmes étrangères. 

Sur le plan des logiciels professionnels, les solutions américaines sont partout : déjà, en 2016, 80 % des sociétés du CAC 40 utilisaient la suite Office 365 de l’éditeur Microsoft. Depuis, nombre d’entre elles y ont ajouté les services de Slack, Zoom ou Workplace de Facebook. Comme expliqué plus haut (cf Cloud Act), ce choix n’est pas sans conséquences en termes de confidentialité des données.

Vous l’avez compris : si nous souhaitons développer et assurer notre souveraineté numérique, il nous faut désormais réfléchir avant de céder au réflexe GAFAM, et nous tourner – quand cela est possible – vers des solutions souveraines françaises ou européennes

Lire aussi : [Le Téléphone Sonne] La souveraineté numérique, pour quoi faire ?

Mais concrètement, qu’est-ce que les entreprises ont à gagner en choisissant le made in Europe ?

Protéger leurs / vos données

Opter pour des solutions européennes offre une garantie essentielle en termes de protection des données. En effet, au-delà de l’obligation de se conformer au RGPD européen, elles ne sont pas soumises au Cloud Act, et protègent donc plus efficacement vos données, celles de vos collaborateurs et celles de vos clients. 

Cet enjeu est particulièrement important pour les entreprises qui traitent des données sensibles dans des secteurs comme la défense, la sécurité ou de la santé, mais aussi celles qui souhaitent protéger leur propriété intellectuelle, et éviter l’espionnage industriel.

C’est notamment en raison de ces contraintes de sécurité que le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) a choisi exclusivement des logiciels français pour sa digital workplace

Lire aussi : Travailler autrement : un défi relevé en quelques mois par le CEA, avec Talkspirit

Rassurer vos clients

Face aux récentes vagues de fuites et de vols de données chez les éditeurs américains, les entreprises portent aujourd’hui une attention accrue à la sécurité et l’hébergement de leurs données. 

Et les citoyens ont déjà de solides convictions à ce sujet : 44 % des Français font davantage confiance à un acteur français ou européen pour assurer la protection de leurs données personnelles (contre seulement 2 % pour un acteur américain).³ 

En utilisant plutôt des solutions européennes, une entreprise dispose d’un moyen supplémentaire pour rassurer ses clients et démontrer que la confidentialité de leurs données est sa priorité. 

Bénéficier d’une plus grande proximité et réactivité

Dernier avantage et pas des moindres : souvent plus petit, un acteur local sera plus à l’écoute de vos besoins et pourra y répondre bien plus rapidement qu’une grande entreprise avec des millions de clients et d’utilisateurs. 

Plus besoin d’envoyer des messages en anglais à un support client lointain, vous pourrez directement contacter une équipe dédiée en français, qui apprendra à vous connaître et donnera son maximum pour écouter vos besoins spécifiques et améliorer votre expérience client.

Cette proximité est l’une des raisons qui a amené Gîtes de France à se tourner vers Talkspirit, une plateforme collaborative portée par un éditeur à taille humaine.

Lire aussi : Fluidifier la circulation de l’information avec Talkspirit : le témoignage de Gîtes de France 

Les acteurs locaux, une alternative viable aux GAFAM ?

Selon l’étude d’Ifop, 69 % des Français se sentent contraints d’utiliser les services des géants américains en raison du manque d’alternatives européennes.

Pourtant, l’Europe regorge d’acteurs numériques qui sont largement à la hauteur des grandes entreprises américaines, et qui, contrairement à ces dernières, ne sont pas soumis au Cloud Act. 

Cependant, en raison de la forte concurrence sur ce marché, les alternatives européennes manquent souvent de visibilité. Si nous souhaitons faire émerger nos propres licornes, il est donc essentiel de les soutenir de manière concrète, en privilégiant – quand cela est possible – le made in Europe.

Alors la prochaine fois que vous avez besoin d’un logiciel professionnel, d’une plateforme digitale ou d’une solution de stockage sécurisée, demandez-vous d’abord : cette solution est-elle française (ou européenne) ? Et si oui, où héberge-t-elle ses données ?

Si vous ne connaissez pas encore les alternatives françaises aux GAFAM, vous pouvez consulter ce référentiel de 400 solutions logicielles élaboré par Solainn, ou bien ce mapping de 300 acteurs du numériques de PlayFrance.digital.

Et si vous cherchez un outil collaboratif européen pour faciliter le travail de vos équipes, notamment à distance, consultez cet article.

Lire aussi : [BFM Business] Ces pépites tech françaises qui rivalisent avec les GAFAM

Souveraineté numérique : mapping Playfrance.digital des services du numérique made in France

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Établir notre souveraineté numérique est aujourd’hui indispensable à la France et à l’Europe pour protéger nos valeurs et notre identité numérique, et limiter l’hégémonie des GAFAM. Pour faire face à la concurrence internationale, près de 9 Français sur 10 estiment quil est de notre devoir de soutenir des acteurs français ou européens³. L’enjeu est de taille : favoriser l’émergence d’un écosystème numérique conforme aux principes et valeurs de l’Union européenne, et protecteur de nos données personnelles.

Et vous, vous sentez-vous concerné(e) par la souveraineté numérique ? Si oui, privilégiez-vous les solutions européennes ? Avez-vous des success stories à partager ? Ou peut-être avez-vous rencontré des obstacles ?

Partagez votre avis en répondant au sondage ci-dessous :


¹ Etude GAFAnomics Quarterly de Fabernovel (2021)
² Etude Attac (2019)
³ Etude Ifop “Les Français et la souveraineté numérique (2021)

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Auteure : Emmanuelle Abensur


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