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Jonathan Chan : « L’agilité est la compétence de demain »

Jonathan Chan

On connaît de mieux en mieux l’agilité sous son angle « gestion de projet ». Mais l’agilité n’est-elle pas plus que cela ? Ne serait-elle pas la compétence dont les organisations ont besoin pour s’adapter au changement ? Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé Jonathan Chan, bien connu des Twittos sous le nom @ChanPerco. Cet arpenteur de longue date de la toile est aussi un slasher qui jongle entre plusieurs activités, et qui surtout partage tous les jours sa veille sur les réseaux. Parce que l’agilité, ça se cultive.

Bonjour Jonathan, tu as choisi le mot agilité pour parler de transformation digitale. En quoi ce mot fait-il sens aujourd’hui dans ta réflexion sur la transformation digitale ?

Jonathan Chan : L’agilité consiste à ne pas être fixé à des certitudes, ce qui est particulièrement véridique dans un environnement digital et technologique qui évolue et qui s’accélère. Je reprendrai une citation de Lao Tseu, philosophe chinois : « La vie est une succession de changements naturels. Ne résistez pas, car cela ne générera que soucis. Laissez la réalité être la réalité. Laissez faire naturellement les choses. »

Derrière l’agilité se cache une méthodologie. En quoi cette méthodologie est-elle pertinente pour les entreprises qui se transforment ?

Jonathan Chan : De nos jours, planifier la totalité de votre projet dans les moindres détails s’avère contre-productif. En effet, il se passera toujours des accrocs et vous ne saurez pas gérer vos imprévus, car vous restez cantonnés au plan.

À l’heure actuelle, il n’existe pas de vérité absolue : à mesure que les usages évoluent, place désormais au collaboratif qui permettra à chacun des collaborateurs de donner son avis sur chacune des étapes et ainsi développer sa créativité.

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L’agilité permet également de recueillir divers points de vue autant chez les consommateurs que les clients. Cette diversité d’opinion nous donne l’effet de nous remettre en question, mais je suis persuadé que l’innovation ne se crée pas en s’enfermant sur son expertise, mais qu’elle est le fruit d’un mélange de points de vue.

Je pense donc que l’agilité doit être adoptée par les entreprises comme une culture et non comme un prétexte pour faire de l’innovation. Une fois qu’elle fait partie de la culture d’entreprise, elle peut être étendue à d’autres sphères.

L’agilité est-elle une question de compétence ? Comment la développer ? Quels seraient tes conseils ?

Jonathan Chan : Elle rentre dans une logique de valorisation des soft skills. À l’heure actuelle, les besoins et les compétences requises évoluent systématiquement, il est nécessaire de s’assurer que les collaborateurs sont dans une logique d’apprentissage continu et d’adaptation.

Pour pouvoir la développer, nous devons accepter l’idée de sortir de notre propre zone de confort en trouvant du temps pour s’inspirer à partir de la découverte. Il est important de stimuler la curiosité en encourageant la réalisation d’une veille de qualité par exemple. N’hésitez pas à élaborer une liste de personnes inspirantes et de sites pertinents pour vous tenir régulièrement informé.

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Quand je parle de sortir de sa zone de confort, je recommande également d’adopter une posture « test & learn ». Il est facile de se conformer à une stratégie quand celle-ci fonctionne bien, cependant en testant plusieurs variantes, vous aurez des enseignements plus intéressants et vous allez aborder la problématique dans sa globalité. N’oubliez pas que l’échec est une des étapes qui amènera vers le succès.

L’agilité est-elle la compétence, le savoir-être de demain ? Comment se former ?

Jonathan Chan : Elle l’est déjà. Si les startups se sont aussi bien développées, c’est parce que les entreprises n’ont pas su saisir les opportunités du marché à temps et donc s’adapter pour éviter les nouveaux entrants.

Il s’agit d’un savoir-être parce que c’est d’abord une approche, un état d’esprit, plus qu’une méthodologie. Je penserai davantage à accorder plus d’importance à la coopération en effectuant des exercices afin de résoudre les problèmes ou faire face aux situations inédites.

Dans les équipes agiles, une des qualités requises est l’empathie : en se mettant à la place des autres collaborateurs, cet échange de rôles peut s’avérer bénéfique et permet à chacun de sortir de sa zone de confort.

Est-ce que tout le monde peut devenir un collaborateur agile ?

Jonathan Chan : J’aurais tendance à dire oui, cependant la réalité peut rattraper rapidement les attentes. Beaucoup d’entreprises en parlent comme une brique à installer, j’attends que la direction et la RH soient directement impliquées et en fassent une culture à moyen et long terme.

L’une des solutions serait d’intégrer du reverse mentoring dans les entreprises. En effet, fini le temps où les plus expérimentés savent tout, les jeunes maîtrisent mieux les outils digitaux. Avec cette solution, chacun pourra apprendre de l’autre et gagner en agilité.

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Mais je ne pense pas qu’il faille être à tout prix 100 % agile, l’être humain a besoin de certitudes pour s’économiser et il est usant d’être systématiquement en alerte, à l’affût de toutes les tendances sans concrétiser les projets déjà commencés. Tout est une question d’équilibre.

Et toi, quelle expérience as-tu fait de l’agilité, dans ton parcours sur la toile ?

Jonathan Chan : J’ai remarqué que les personnes agiles réussissent à s’ouvrir plus facilement à de nouveaux horizons, elles s’épanouissent par le fait qu’elles sont heureuses de découvrir quotidiennement de nouvelles connaissances tout en transmettant aux autres ce qu’elles ont appris.

Pour ma part, l’agilité a toujours fait partie de mon quotidien, je suis actuellement un « slasher », j’occupe deux postes à mi-temps chez Dentsu Aegis Network (groupe de communication) et iProspect (agence de performance digitale) : l’environnement n’est pas la même, d’où la nécessité de s’adapter. De plus, je m’occupe aussi de l’influence B2B en freelance soit à mon propre compte ou bien pour le compte de la Brigade du Web, ce qui me fait des journées bien chargées.

Toutes ces fonctions m’ont permis d’enrichir les points de vue. Et lorsqu’on travaille comme moi sur des problématiques d’influence, on est malgré tout assujettis à la performance, ce qui implique de connaître les dernières nouveautés des plateformes pour les intégrer ou non dans sa stratégie, tout en conservant sa ligne éditoriale.

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