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Arnaud Rayrole : « Tout le monde est acteur de la transformation » 

Se transformer est aujourd’hui une évidence pour de nombreuses entreprises. Mais la question essentielle qui sous-tend cet enjeu, est bien de savoir comment. Pour Arnaud Rayrole, directeur général de l’emblématique cabinet Lecko, il est essentiel que chacun s’approprie ces changements et devienne acteur de la transformation. Entretien.

Vous avez choisi de parler des acteurs de la transformation digitale. Pourquoi ce terme fait-il sens pour vous dans la réflexion que vous portez aujourd’hui sur la transformation digitale ?

Arnaud Rayrole : La transformation digitale est avant tout une question d’évolution culturelle. Elle représente un défi pour chacun dans la mesure il s’agit d’une évolution rapide, et même disruptive vis-à-vis des principes de management établis depuis trente ans. L’évolution ne peut pas se concevoir comme une démarche individuelle, elle est nécessairement collective. Chacun doit être acteur de cette transformation au sein d’un collectif. Cette nouvelle façon de travailler doit permettre aux équipes de faire face aux enjeux de transformation de l’entreprise : nouvelles offres, nouveaux modèles économiques, nouvelles pratiques métiers, etc. Dans ce contexte, iI n’y a pas d’un côté les équipes en charge de la transformation et d’un autre celles « sujet de la transformation ». Tout le monde est acteur de la transformation. Si vous oubliez ce principe, si vous pensez par exemple qu’il faut attendre le renouvellement des équipes pour voir les choses évoluer, et c’est l’échec assuré.

Dès lors, la question pour chacun est : quel est mon rôle ? Quelle est ma posture face à cette situation de transformation ?

Justement, quelles sont les différentes typologies d’acteurs et quel est le rôle de chacun ?

Arnaud Rayrole : Il y a en premier lieu les héros de cette épopée : les porteurs d’initiatives. Ce sont tous ces collaborateurs qui vont aller de l’avant, fédérer leurs collègues autour d’un but et adopter une approche agile et collaborative pour réussir à concrétiser leur initiative. Le premier de leur mérite est d’avoir su mobiliser des ressources et convaincre leur entourage.
Chez Lecko, nous les classons en 3 catégories et essayons de les emmener le plus loin possible. Il y a les « Éclaireurs » qui regardent au-delà des murs de l’entreprise pour aller chercher des idées ailleurs et montrer que d’autres approches sont possibles. Il y a également les « Leaders » (de pratiques) qui arrivent à entraîner les autres avec eux dans la concrétisation d’une initiative. Et il y a les « Enchanteurs » qui concrétisent et donnent un sens révélateur à leur initiative.

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Ces acteurs ont besoin de sponsors au sein de l’entreprise pour les légitimer dans leur action, rapprocher leur action d’un enjeu stratégique et créer une nécessité de changer.
L’équipe Digital est en charge de construire et d’animer un dispositif d’accompagnement de cette transformation qui comprendra 3 leviers majeurs : l’acculturation, l’accompagnement des porteurs d’initiatives et le pilotage.

Comment fédérer et coordonner ces différents acteurs ?

Arnaud Rayrole : Sans hésiter, c’est le rôle de l’équipe Digital. Je ne crois plus aux grands dispositifs pensés à la tête de l’entreprise que l’on doit ensuite dérouler dans chaque entité de l’entreprise. Je pense que les approches de transformation doivent se construire elles-aussi de manière agile et itérative : avoir un cap, mais commencer petit, aller chercher les réussites les unes après les autres, convaincre de l’approche et recruter d’autres adeptes, etc. La transformation ne s’ordonnance pas. Il faut donner sa chance à chacun de se mobiliser et de lancer son initiative, savoir les identifier et les aider à réussir. Cela demande certes plus de patience que l’entreprise n’en possède généralement, mais l’empressement conduit vers de mauvaises démarches. L’entreprise qui se transforme devient un écosystème d’initiatives qui se soutiennent les unes les autres ; il faut les connecter, les aider à s’intégrer et à être acceptées au sein de l’entreprise qui doute encore.

Quelle importance donnez-vous au change management ?

Arnaud Rayrole : Déterminant bien sûr. Mais il s’agit plus de savoir quel dispositif d’accompagnement mettre en place. Aujourd’hui il faut agir à large échelle et de manière économique. L’accompagnement doit être pérenne. Mesurer les progrès est indispensable pour garder la confiance de tous. Les méthodes traditionnelles sont inefficaces et coûteuses : difficile de les décrire, mais si vous appliquez celles que vous employiez déjà il y a dix ans, posez-vous la question de leur pertinence car le contexte a complètement changé.

Quel est la place du CDO dans cet écosystème, son rôle, ses tâches ?

Arnaud Rayrole : Le CDO a un positionnement différent d’une entreprise à une autre. Il est généralement trop peu tourné sur la transformation interne. Probablement parce que ce volet est plus long, plus ingrat. Son rôle est avant tout de créer les conditions pour que l’entreprise organise sa transformation : s’assurer que les membres du COMEX comprennent vraiment la transformation Digital et l’interdépendance de leurs réussites à se transformer. Les métiers ont besoin de l’appui des Ressources humaines, de l’IT, de la Communication et vis-et-versa. Sachant que la transformation sera longue, ils se doivent de poser les bons indicateurs et mettre en place un système de pilotage sérieux.

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