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5 bonnes raisons de ne pas utiliser Slack

Slack est une plateforme de communication visant à faciliter la communication au sein des équipes et des organisations. Le service, créé par Stewart Butterfield, a été officiellement lancé en février 2014 et a connu une croissance exponentielle – valorisé plus de 1 milliard de dollars en octobre 2014 ! Slack continue aujourd’hui sa croissance et compte pas moins de 2M d’utilisateurs actifs quotidiennement. La société, basée à San Francisco, emploie plus de 250 employés.

Si vous faites partie d’une PME dans le domaine des nouvelles technologies, si vous vous intéressez aux réseaux sociaux d’entreprises, il y a de grandes chances que vous connaissiez déjà Slack, et peut-être même l’utilisez-vous déjà. Slack est aujourd’hui très répandu dans le monde des start-up du Web et ceci pour plusieurs raisons.

Quelques avantages de Slack

  • Slack permet de rassembler toutes les communications en un seul et même lieu. Il est ensuite possible de segmenter les discussions en Channels et définir des droits d’accès à chacun de ces Channels. Il est possible de discuter en privé avec quelqu’un. Toutes les discussions sont instantanées ou synchrones.
  • Slack permet d’intégrer les services web que l’on utilise déjà (Github, Trello, …) : toute l’équipe est alors au courant, synchronisée en quasi temps réel, de ce qui se passe à l’extérieur de la plateforme.
  • Il est possible de rechercher dans tout le contenu de manière extrèmement simple
  • Glissez-déposez et hop, vos fichiers sont partagés avec le reste de l’équipe. Slack offre biensûr aussi des intégrations avec Dropbox ou Google Drive pour partager les fichiers hébergés sur ces services.
  • Accessible depuis n’importe où, Slack propose des applications mobiles et Desktop très abouties.

Objet de cet article

Il y a beaucoup de choses positives à dire à propos Slack, et vous trouverez d’ailleurs de nombreux articles sur ce sujet. Slack bénéficie aujourd’hui d’un effet de mode qui le propulse dans la stratosphère des licornes et crée un bon buzz à son sujet. On ne peut le nier, Slack est un très bon produit qui conviendra à beaucoup de gens, peut-être même à vous.

Pourtant, Slack n’est pas parfait pour autant. Certains parti-pris dans l’ergonomie, dans l’expérience utilisateur et dans les fonctionnalités proposées font que cet outil n’est pas nécessairement adapté à toutes les typologies d’entreprises, et peuvent être perçues comme des défauts rédhibitoires.

Vos avis m’intéressent. N’hésitez pas à les partager en commentaires.

Les inconvénients de Slack

1. Suivre une conversation, l’illusion de simplicité…

Suivre et participer à une conversation est en apparence très simple : vous allez dans un channel, vous voyez l’historique; il vous suffit de saisir votre texte et c’est parti, vous participez.

Mais les apparences sont parfois trompeuses : les conversations  dans Slack se déroulent toutes sous la forme de tchats : chaque channel est un tchat dans lequel vous et les autres membres discutez. Vous menez donc autant de conversations en parallèle qu’il y a de channels actifs. Vous passez votre temps à alterner entre les channels, à tenter de suivre chacune des conversations, reprendre le fil à chaque fois : qui parle avec qui ? A quel sujet ?…

Comme dans toutes les conversations de tchat à plusieurs, vous n’avez pas le droit d’aller acheter un sandwich (même si vous avez faim) sinon vous n’allez pas comprendre pourquoi, quand vous revenez, tout le monde est en train de publier des gifs animés sur des chats…

D’autant que, comme souvent lorsque plusieurs personnes discutent en même temps, plusieurs sujets de conversations différents peuvent se dérouler simultanément dans un même channel. Les conversations peuvent ainsi s’entreméler les unes avec les autres, et il peut alors être d’autant plus difficile de les suivre, ainsi que de retrouver le fil après un moment d’absence. Pour le dire autrement,  lorsque vous êtes sur une plateforme Slack active, le temps que vous vous metiez au fait des conversations en cours, vous êtes déjà en retard.

C’est finalement la différence essentielle entre les conversations synchrones de type tchat et les conversations asynchrones de type email : vous souhaitez retrouver la conversation autour de la propal pour tel client ? Facile avec des échanges d’email. Sur Slack, la tâche est beaucoup moins aisée. Tel tarzan avec ses lianes, vous allez devoir sauter de message en message pour trouver votre chemin…

2. L’obsolescence des conversations

Et puis évidemment, le principe d’une conversation synchrone est qu’elle n’a de la valeur, de sens, que dans l’instant. Si vous loupez le coche, vous êtes hors de propos. Et il est difficile d’interrompre les conversations en cours pour revenir sur un sujet qui a été discuté il y a quelques jours.

Pourtant, c’est quand même bien le besoin qu’on a souvent dans une entreprise. Tout ne peut pas être synchrone. La résolution de bugs, pour parler d’un sujet que je connais dans le développement logiciel, n’est pas une tâche immédiate, pas plus que ne l’est la vente d’un produit à un prospect. Pouvoir mener des conversations sur le long terme, être capable de retrouver l’historique de la conversation sur un sujet précis, est quelque chose d’essentiel dans la vie d’une organisation. Et c’est bien l’un des manquements principaux que je fais à ce produit.

Et ceci sans parler du plan “basic” gratuit que Slack propose et qui ne permet d’accéder qu’à un historique partiel des messages échangés.

3. Est-on vraiment plus productif ?

Finalement, la question légitime que l’on est en droit de se poser, Slack tient-il vraiment sa promesse ?

We’re on a mission to make your working life simpler, more pleasant, and more productive

Clairement, lorsqu’une organisation adopte Slack, l’une des attentes, si ce n’est l’attente principale, est de rendre les équipes plus productives.

Or, lorsqu’on a déjà participé à des plateformes Slack actives, on ne peut nier le besoin d’attention, à tout le moins d’attention partielle, que cela exige. Et plus il y a de conversations, plus il y a de personnes qui souhaitent participer, plus il y a de messages, plus il y a de notifications dans tous les sens…

J’ai lu plusieurs fois une comparaison qui me parait judicieuse : Slack vs la machine à café. Au delà du besoin primaire qu’elle satisfait, la machine à café a un rôle essentiel : elle catalyse les conversations de tous types, permet à chacun de se rapprocher ; finalement elle facilite la collaboration dans les équipes. Et probablement, vous trouvez, comme moi, que c’est sympa d’y aller de temps en temps. Mais est-ce que pour autant, vous souhaiteriez travailler assis devant la machine à café ? Certainement pas moi !

Slack exige finalement une attention partielle continue à excés, nous rendant incapable de nous concentrer sur une tâche précise profondément. Vous avez peut-être déjà entendu parlé de ce concept, lancé par Linda Stone – continuous partial attention ? Si ce n’est pas le cas, je vous invite à découvrir ce concept.

4. Slack est asynchronish

Ce problème de productivité est exacerbé par le fait que Slack ou du moins les conversations sur Slack, ne sont pas véritablement synchrones – ni asynchrones d’ailleurs : en effet, comme je le disais, vous ne pouvez pas être sur Slack tout le temps, ni vos interlocuteurs. Ainsi vous envoyez vos messages, espérant une réponse dans les secondes qui viennent, mais parfois votre interlocuteur ne prend le temps de répondre que quelques heures plus tard ! J’aime bien le terme lu dans une note de blog : Slack est asynchronish, ni véritablement synchrone, ni asynchrone.

Le problème essentiel, est que dans un channel, vous ne savez pas qui est véritablement à l’écoute, qui ne l’est pas : vous attendez peut-être la réponse d’un membre qui peut (ou pas) avoir changé de channel de discussion. Répondra-t-il dans 1 minute ou 1 heure ? N’attendez pas trop longtemps quand même… 😉

5. Converser oui, mais agir et organiser ?

Slack est un donc très bon outil de conversations synchrones, destinées à une obsolescence rapide mais comme on l’a vu, Slack ne permet pas de structurer / péreniser les conversations dans le temps.

En outre, je dirais que Slack n’est pas orienté vers l’action. Si vous lisez un message dans lequel vous avez quelque chose à faire, si vous ne le notez pas dans un coin, le message disparaitra rapidement dans le flow des conversations, et vous n’aurez aucun moyen de vous en rappeler. Vous pouvez éventuellement mettre en favoris le message pour le retrouvez facilement mais cette fonctionnalité ne remplace pas un outil de gestion de tâches en équipe, même basique !

Plus encore, Slack est un outil de communication mais certainement pas une solution qui vous facilitera la gestion de projets.

Prenons l’exemple d’une équipe de Support. Slack sera un service pertinent pour remonter des suggestions de clients et les discuter. Mais qu’en est-il des besoins plus fondamentaux comme :

  • Ce problème client a-t-il déjà été remonté à l’équipe technique ?
  • Cette fonctionnalité a-t-elle déjà été suggérée ? Et qu’a-t-on dit dessus ?Cette idée est-elle intégrée dans la roadmap ?

Slack n’apporte pas de réponse simple à ces questions.

Slack n’offre, hormi ses channels, aucune fonctionnalité pour classer, organiser, donner du sens aux conversations, ni les assigner pour les transformer en tâche.

En tant que super tchat, IRC 2.0, Slack ne répond clairement pas à tous les besoins que l’on recherche dans un outil de communication / collaboration d’entreprise. Pire, son aspect asynchronish, l’addiction qu’il peut générer dans le suivi des multiples conversations qui se déroulent de manière pseudo-synchrone, peut fortement nuire à la productivité de chacun.

Jean Carriere

Illustrations de Serge Rohani

L'équipe talkspirit

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